Estratto da Auguste Comte

L’admirable régénération graduelle que, au moyen âge,
le catholicisme a suffisamment accomplie, ou du moins
convenablement ébauchée, dans la morale humaine, a
surtout consisté, d’après nos indications antérieures, à
transporter enfin, autant que possible, à la morale la supré-
matie sociale jusqu’alors toujours demeurée à la politique,
en faisant justement prévaloir désormais les besoins les
plus généraux et les plus fixes sur les nécessités particu-
lières et variables, par la considération, directement pré-
pondérante, des conditions élémentaires de l’existence
humaine, de celles qui, immuables dans leur nature et
seulement de plus en plus développées, sont inévitable-
ment communes à tous les états sociaux et à toutes les situa-
tions individuelles, et dont les exigences fondamentales,
formulées par une doctrine universelle, déterminaient
ainsi la mission spéciale du pouvoir spirituel, essentielle-
ment destiné à les faire continuellement respecter dans la
vie réelle individuelle et sociale, ce qui supposait d’abord
son entière indépendance du pouvoir politique proprement
dit. Sans doute, comme je l’expliquerai plus tard, la phi-
losophie éminemment tbéologique, sur laquelle devait alors
exclusivement reposer cette sublime opération sociale, en
a, sous divers aspects importants, beaucoup altéré la pu-
reté, et môme gravement compromis l’efficacité; soit parce
que le vague de cette pbilosophie affectait forcément, mal-
gré toutes les précautions de la sagesse sacerdotale, les
prescriptions morales qui s’y rattachaient; soit aussi à cause
de l’empire moral trop arbitraire qui en devait résulter pour
la corporation directrice, et sans lequel néanmoins l’absolu
inhérent aux préceptes religieux les eût rendus réellement
impraticables; soit enfin par suite de la sorte de contra-
diction intime qui devait implicitement entraver une doc-
trine où l’on se proposait de cultiver surtout le sentiment
social, mais en développant d’abord un égoîsme exorbitant,
quoique idéal, ne concevant jamais le moindre bien qu’en
vue de récompenses infinies, en sorte que la préoccupation
continue du salut individuel devait directement neutra-
liser à un haut degré, ce qu’il y avait de vraiment sympa-
thique dans l’heureuse et touchante affection unanime de
l’amour de Dieu. Mais, quelque incontestables que soient
ces divers inconvénients capitaux, ils étaient évidemment
inévitables, et ils n’ont point empêché alors la réalisation
suffisante d’une régénération qui ne pouvait autrement
commencer, quoiqu’elle doive maintenant être poursuivie
et perfectionnée d’aprèsde meilleures bases intellectuelles.
C’est ainsi que, par une juste appréciation comparative
des différents besoins de l’humanité, la morale a été enfin
dignement placée à la tête des nécessités sociales, en
concevant toutes les facultés quelconques de notre nature
comme ne devant jamais constituer que des moyens plus
ou moins efficaces, toujours subordonnés à ce grand but
fondamental de la vie humaine, directement consacré par
une doctrine universelle, convenablement érigée en type
nécessaire de tous les sectes réels, individuels ou sociaux.
On doit, à la vérité, reconnaître qu’il y avait, au fond, ainsi
que je l’expliquerai ci-après, quelque chose d’intimement
hostile au développement intellectuel dans la manière dont
l’esprit chrétien concevait la suprématie sociale de la mo-
rale, quoique cette opposition ait été fort exagérée; mais
le catholicisme, à son âge de prépondérance, a spontané-
ment contenu une telle tendance, par cela même qu’il pre-
nait le principe de la capacité pour base directe de sa
propre constitution ecclésiastique : cette disposition élé-
mentaire, dont le danger philosophique ne devait se mani-
fester qu’au temps de la décadence du système catholique,
n’empêchait nullement la justesse radicale de cette sage
décision sociale qui subordonnait nécessairement l’esprit
lui-môme à la moralité. Les intelligences, de plus en plus
multipliées, qui, sans être vraiment éminentes, ont atteint,
surtout par la culture, un degré moyen d’élévation, se sont
toujours, et principalement aujourd’hui, secrètement in-
surgées contre cet arrêt salutaire, qui gêne leur ambition
démesurée : mais il sera éternellement confirmé, avec une
profonde reconnaissance, malgré les perturbations prove-
nues d’une telle antipathie mal dissimulée, soit par la
masse sociale, au profit de laquelle il est directement
conçu, soit par le vrai génie philosophique, qui en peut
analyser dignement l’immuable nécessité. Quoique la véri-
table supériorité mentale soit certainement la plus rare et
la plus précieuse de toutes, il est néanmoins irrécusable
que, même chez les organismes exceptionnels où elle est
convenablement prononcée, elle ne peut réaliser suffisam-
ment son principal essor quand elle n’est point subordon-
née à une haute moralité, par suite du peu d’énergie rela-
tive des facultés spirituelles dans l’ensemble de la nature
humaine. Sans cette indispensable condition permanente,
le génie, en supposant qu’il puisse être alors entièrement
développé, ce qui serait bien difficile, dégénérera promp-
tement en instrument secondaire d’une étroite satisfaction
personnelle, au lieu de poursuivre directement cette large
destination sociale qui peut seule lui ofrir un champ et un
aliment dignes de lui : dès lors, s’il est philosophique, il
ne s’occupera que de systématiser la société au profit de
ses propres penchants ; s’il est scientifique, il se bornera à
des conceptions superficielles, susceptibles de procurer
bientôt des succès faciles et productifs ; s’il est esthétique,
il produira des œuvres sans conscience, aspirant, presque
à tout prix, à une rapide et éphémère popularité; enfin,
s’il est industriel, il ne cherchera point des inventions ca-
pitales, mais des modifications lucratives. Ces déplorables
résultats nécessaires de l’esprit dépourvu de direction mo-
rale, qui, du moins, quoiqu’ils neutralisent radicalement
la valeur sociale du génie lui-môme, ne sauraient entière-
ment l’annuler, doivent être évidemment encore plus vi-
cieux chez les hommes secondaires ou médiocres, à spon-
tanéité peu énergique : alors l’intelligence, qui ne devrait
servir essentiellement qu’à perfectionner la prévision, l’ap-
préciation et la satisfaction des vrais besoins principaux
de l’individu et delà société, n’aboutit le plus souvent, dans
sa vaine suprématie, qu’à susciter une insociable vanité,
ou à fortifier d’absurdes prétentions à dominer le monde
au nom de la capacité, qui, ainsi moralement affranchie de
toute condition d’utilité générale, finit par devenir d’ordi-
naire également nuisible au bonheur privé et au bien pu-
blic, comme on ne l’éprouve que trop aujourd’hui. Pour
quiconque a convenablement approfondi la véritable étude
fondamentale de l’humanité, l’amour universel, tel que
l’a conçu le catholicisme, importe certainement encore
plus que l’intelligence elle-même, dans l’économie
usuelle de notre existence, individuelle ou sociale, parce
que l’amour utilise spontanément, au profit de chacun et
de tous, jusqu’aux moindres facultés mentales; tandis que
l’égoïsme dénature ou paralyse les plus éminentes disposi-
tions, dès lors souvent bien plus perturbatrices qu’efficaces,
quant au bonheur réel, soit privée soit public. La profonde
sagesse du catholicisme, en constituant enfin la morale au-
dessus de toute l’existence humaine, afin d’en diriger et
contrôler sans cesse les divers actes quelconques, a donc
certainement établi le principe le plus fondamental de
la vie sociale, et qui, quoique momentanément ébranlé ou
obscurci par de dangereux sophismes, surgira toujours fina-
lement, avec une évidence croissante, d’une étude de plus
en plus approfondie de notre véritable nature, surtout
quand le positivisme rationnel aura spontanément dissipé,
de ce sujet, les ténèbres métaphysiques.

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